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Non mais... peu importe de quel côté on se met, dans quel angle on prend le problème, qu'on accompagne le public dans une démarche d'insertion de manière humaine, "sociale", ou plutôt "marketing", en prospectant les entreprises, en "vendant" nos demandeurs d'Emploi... le résultat est le même et le problème n'est pas là. On n'infléchit pas pour autant la courbe du chômage en étant le vendeur de demandeurs d'emploi du mois, celui qui aura réussi à caser le plus de précaires dans des boulots de merde.

On est payé pour amortir le choc, pour faire croire que les institutions font quelque chose, pas pour changer quelque chose. Ca se saurait depuis le temps, si nous, conseillers en insertion, on pouvait influer sur les causes. Mais le pire, c'est que c'est cette image-là qu'on renvoie de nous : nous serions des "donneurs" d'emplois. Et d'un coté, comme de l'autre, nous sommes les fautifs : le public nous en veut, on ne "sert à rien" (et ils ont pas tort), et nos supérieurs hiérarchiques, et les élus, et les financeurs, nous en veulent aussi, parce qu'on ne fait pas assez de résultat. Mais qu'on leur dise ! Que quelqu'un leur explique !

Nous, comme tout acteur du champs social d'ailleurs, on est là pour gérer les conséquences d'une politique qui fabrique du chômage de masse, pour prendre les coups, encaisser la colère qui devrait s'exprimer dans la rue, la calmer. En fait, on participe quelque part, à cette politique qui crée et entretient le chômage, la misère, la dépression collective. On est juste des cachets de Xanax ! C'est pas sur nous qu'il faut taper, c'est pas sur nous qu'il faut exercer la pression à coups de quotas et de primes de résultat. Si on voulait vraiment que "nos" demandeurs d'emploi aient du taf, nous tous, conseillers en insertion, toutes structures confondues, on se prendrait par la main, on rejoindrait les chômeurs, et on irait gueuler devant l'Elysée, on irait leur botter le train et exiger qu'ils fassent front, ces politiciens que nous avons élus, qu'ils partent littéralement au combat. Il y a des solutions pour créer de l'Emploi (ou plutôt pour donner du travail libre à tous - cf. vidéo en bas du message), pour répondre au besoin des citoyens, pour qu'ils participent activement à la vie de la Cité, parce que c'est la seule chose qui les intéresse, ça : être quelqu'un, s'épanouir, manger, se chauffer, s'amuser un peu, et profiter de ceux qu'ils aiment.

Mais ce qui est horrifiant, c'est de s'apercevoir que la très grande majorité des conseillers eux-mêmes, ne s'aperçoivent pas qu'ils n'ont aucun pouvoir de remédier au problème de chômage de leur bassin d'Emploi. Ils ne voient pas, ne comprennent pas que les individus qu'ils accompagnent n'ont pas besoin de conseils en insertion, puisqu'ils sont, de fait, partie intégrante de la société dans laquelle on souhaiterait les insérer...On fait peser sur eux, le poids d'une politique choisie et appliquée, en leur prodiguant des conseils pour qu'ils intègrent la société, comme s'ils n'en faisait pas déjà partie... Et on leur trouve tous les freins, tous les défauts, toutes les lacunes possibles, pas de diplômes, pas de connaissances X ou Y, pas d'expérience, trop jeune, trop vieux, trop moche, pas assez blanc, pas assez mobile, etc etc... C'est toujours de leur faute, jamais de celle de l'Etat dont l'une des obligations est de leur fournir du travail, qui qu'ils soient. Alors on les remodèle, on les relooke, on les renvoie en formation, on les harcèle, on leur apprend à conduire, à se vêtir, à parler, à mentir, à rentrer dans un moule rond alors qu'ils sont carrés... C'est ça, s'insérer dans la société, ressembler à ce que le Marché de l'Emploi exige de nous tous.

Et tous ces conseillers en Insertion, aveugles et sourds, luttent quotidiennement pour trouver des solutions, se remettent en question dans leur pratique et acceptent même de voir leur poste évoluer d'accompagnateur social à commercial... Alors que la seule chose que l'on puisse faire, c'est d'assumer notre rôle de Xanax parce qu'il est utile dans l'urgence quotidienne de nos publics et de militer et de chercher la voie vers la Démocratie.

La définition de "démocratie" au prochain épisode :)