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J'emmerde ces vies réduites à des photos et à quelques mots, des profils plus ou moins privés, et auxquels j'attache tous mes désespoirs, toutes mes envies d'envieuse.

J'emmerde mes plus gros défauts : ma tendance à la dépression, mon besoin d'amour dévorant, mon désespoir, mon obsession dans ce désespoir, mon voyeurisme inexistant par ailleurs, soudainement exacerbé par la détresse et la douleur du non-amour, du désamour,

Et j'emmerde ceux qui jugent ça, en me lisant, en m'écoutant.

J'emmerde la folie dont ils m'affublent.

J'emmerde Yoann B pour qui je ne veux rien dire, à qui je disais tout.

J'emmerde mon besoin de lui plaire à travers tous les autres, mon besoin qu'ils me désirent moi, et seulement moi, comme à tout jamais, transféré chaque fois, d'un nouvel amour à un autre.

J'emmerde mon besoin d'Être, à leurs yeux, ma dévotion pour eux.

J'emmerde ma tristesse et ma terreur de ne pas être aimée comme j'aime, de ne pas être regardée comme je regarde, de ne pas exister comme ils existent.

J'emmerde Cédric D qui ne me dit rien, par pitié et parce que je ne suis rien, dont je ne sais rien ou presque rien, dont j'imagine la vie "amoureuse" ou sexuelle : les pièces d'un puzzle, des bribes de ce qu'il daigne me donner et ce que j'ai pu glaner. A partir de quoi, je me fais le film de ce qu'il n'est pas et de ce qu'il est.

J'emmerde ses femmes de passage dans ses contacts comme dans sa vie.

J'emmerde Emilie B et ses portraits clonés, ses sourires mielleux sans rage, ses images mièvres et sans vie, sans convictions, son droit qu'elle semble avoir, elle, d'exister, ailleurs qu'au bout de sa queue, et les idées que j'ai qu'elle le touche et qu'il la touche, à en gerber.

J'emmerde l'intérêt que je suppose qu'il lui porte.

J'emmerde Aurélie D, de passage, dont je ne sais rien non plus, dont j'invente tout, jusqu'aux nuits potentielles, ennivrées, dans les bras de celui qui me manquait, les idées que j'ai qu'elle le touchait et qu'il la touchait, à en gerber. Je l'emmerde, mais va savoir pourquoi, elle, je l'aime bien à la fois. Peut-être parce que je crois qu'elle me ressemble.

J'emmerde Aurélie B, avec ses paysages de rêve, ses vies-rêves, ses rêves de pieds, son fric présumé, ses accointances jalousées, son anglais comique et innaproprié, les idées que j'ai qu'elle le touche et qu'il la touche, parfois, juste après m'avoir touchée moi, quand l'occasion se présente, par habitude ou nostalgie, à en gerber.

J'emmerde Cécile F et sa bêtise affichée, les idées que j'ai qu'elle le touchait et qu'il la touchait, à en gerber.

J'emmerde Helene Truc, cette salope blonde qui me sort par les yeux sans même la connaître, dont j'imagine le pouvoir sur lui, comme deux amants d'amour qui refusent et acceptent à la fois de ne jamais être ensemble et de ne jamais être séparés, et les idées que j'ai qu'elle le touche et qu'il la touche, à en gerber.

J'emmerde sa queue insatiable, insatisfaite, ses capotes qui le suivent partout, des nuits à son travail, aux nuits chez lui, aux nuits d'ailleurs, sans moi.

J'emmerde l'infinité de visages dont je fais partie, comme un grand catalogue, comme des filles et des filles qui se succèdent, sans succès, en pleurant souvent pour l'attention qu'il distille dans ses caresses, qu'il reprend la porte passée, abandonnée.

J'emmerde Facebook, délateur, pourvoyeur d'exhibitions : du manger pour des affamés désespérés comme moi.

Et je m'emmerde moi et mon esprit torturé et que je torture et que j'incite à torturer.

J'emmerde ma colère persécutée, persécutrice, ce puits sans fond, abreuvé de mes délires, sans rien savoir, ni du vrai ni du faux.

J'emmerde mon entièreté et ma vérité sans faille.

J'emmerde qu'on ne m'aime pas.

Allez tous vous faire enculer,

Moi la première.